Première page | <<< | 1 | 2 | 3 | 4 | 5 | 6 | 7 | 8 | 9 | 10 | 11 | >>> | Dernière page
A la une Interview de Fabrice Du Welz, réalisateur de VINYAN

Vinyan - Emmanuelle Béart

Le 01 Octobre prochain sortira en salles Vinyan, le nouveau film de Fabrice Du Welz (déjà auteur du dérangeant Calvaire sorti en 2004) qui pourrait bien être l'une des grosses surprises ciné de l'année.

Pour l'occasion, la redac' de Bande A Part s'est décarcassé pour pouvoir interroger le cinéaste, alors parti en vacances (comme nous d'ailleurs), mais qui a tout de même eu l'aimabilité de nous répondre.

- Avec Calvaire, vous emmeniez le spectateur dans une ambiance malsaine qui l'encerclait du début jusqu'à la fin. Avec "Vinyan", on sent aussi que vous voulez l'emmener dans une dimension toute aussi psychologique malgré son contexte différent. Faire de ces films des expériences, est-ce là votre définition du cinéma ?

Oui. Des expériences spectaculaires, agressives et immersives.


-Comment avoir réussi à persuader Emmanuelle Béart de jouer dans votre film ? On ne l'imaginait pas du tout dans un tel rôle, pourquoi l'avoir choisi elle ?

Etrangement c’est Emmanuelle qui est venu vers moi. Elle avait vu CALVAIRE et l’avait aimé. Lorsqu’elle a entendu que je cherchais une actrice pour VINYAN, elle a demandé de me rencontrer. Je l’ai vue, j’ai été séduit et nous nous sommes entendu. Ma collaboration avec elle a été excellente et je lui serais éternellement reconnaissant.



-Comment furent les conditions de tournage pour votre équipe entière ? Pas trop difficiles ?

Un tournage de cette ambition dans la jungle et dans un pays étranger est forcément quelque chose de périlleux et de difficile. Nous avons du affronter et surmonter beaucoup de problèmes ; les marées, la mousson, la logistique, les bateaux, les enfants etc… Ceci dit, je garde de ce tournage un souvenir extraordinaire.



-Vous dites avoir été principalement inspiré des Révoltés de l'An 2000 ("¿Quién puede matar a un niño?" - Narciso Ibanez Serrador - 1976) pour Vinyan, en quoi ce film vous a bouleversé cinématographiquement parlant ?

« Les Révoltés de l’An 2000 » m’a profondément marqué lorsque je l’ai découvert adolescent. Dès lors, le film de Serrador ne m’a jamais vraiment quitté. Il y a quelques années nous avons évoqué l’idée de faire un remake du film. Après plusieurs mois de négociations, nous avons dû abandonner pour diverses raisons de droits. Entretemps, mon propos a mûri, mes orientations aussi et le Tsunami est arrivé. J’ai donc décidé de ne garder du film de Serrador que l’idée des enfants tueurs et d’inscrire mon histoire dans le contexte post-apocalyptique de la Thaïlande de 2005.


-Est ce le tsunami de 2005 qui vous a donné l'idée du film ? L'actualité vous influence t'elle pour le choix de vos projets ?

J’avais l’idée du couple et des enfants monstrueux. Je cherchais un contexte. Lorsque le Tsunami a frappé et que j’ai assisté sideré aux conséquences et aux traitements médiatiques de la catastrophe, j’ai compris que je tenais mon histoire.
L’actualité influence toujours mes choix. Directement ou indirectement.

-Vous definissiez "Vinyan" comme une ghost story. Aimez-vous particulièrement ce genre ?

VINYAN est une ghost-story qui s’éloigne assez du genre. D’abord parce que son traitement est très réaliste et très concret, ensuite parce que au fur et à mesure que le film avance les fantômes et les êtres vivants se confondent. Dans VINYAN rien ne permet de dire qui sont les fantômes et qui sont les vivants. A ce propos, le titre du film est assez évocateur. En Thaïlandais, VINYAN est une âme errante qui tourmente les vivants. Dans cette optique, tous les personnages du film peuvent être envisagés comme des fantômes…


-La où certains de vos confrères francophones partent aux USA pour des commandes plus qu'inutiles, vous avez préféré avec votre 2ème film une autre approche de l'ouverture à l'International, plus personnelle et expérimentale. Le film est-il bien parti pour avoir du succès à l'étranger ?

Je l’espère sincérement. VINYAN se prévend bien. J’espère qu’il fera son chemin et qu’il rencontrera nombreux et curieux.



-D'ailleurs, quel est votre point de vue sur l'avenir du cinéma de genre en France et en Belgique, à l'heure où les courts-métrages se multiplient (Dead Bones de Olivier Béguin, par exemple) et où même les journalistes passent à l'acte (Alexandre Bustillo, Yannick Dahan) ?

Aujourd’hui, il faut espérer pour le cinéma de genre en France un succès. Un vrai succès populaire. Un nouveau Pacte des Loups  (presque 6 millions d’entrées). Le cinéma de genre français agonise parce qu’il ne marche pas. Depuis quelques années, le genre est une affaire de geeks, de passionnés et de débrouillard. Il est temps d’élargir le cercle. Un succès populaire changerait beaucoup de chose… Et permettrait un nouveau souffle.



-Vos coups de coeurs récents ?

Récemment j’ai vu The Dark Knight - Le Chevalier Noir de Christopher Nolan. Je n’en suis toujours pas remis. Un film exceptionnel. La série HBO « Tell me you love me ». « Valse avec Bachir » de Ari Folman, brillant et absolument créatif.


-Et enfin, comment avance votre projet d'adaptation de L'ïle aux 30 cerceuils ?

L’île aux 30 cerceuils avance. J’y travaille beaucoup et j’espère commencer la production du film l’année prochaine.


Rendez-vous donc au mois d'Octobre pour le choc !

Interview menée par Mr.Movie, Flo Vega et Redfalcon.

Merci à Eric-C pour la vidéo.



Tu dois activer le JavaScript pour afficher cette vidéo.


 
Vinyan
Réalisé par Fabrice Du Welz
Avec Emmanuelle Béart, Rufus Sewell, Julie Dreyfus, ...
Année de production : 2008
A la une Martyrs : Non à la censure !

Hier, vendredi 13 juin 2008 (belle date), eu lieu un rassemblement, organisé par Frédéric De Azevedo (réalisateur), contre l'interdiction au moins de 18 ans du film "Martyrs" de Pascal Laugier.
La Caméra de BAP était là pour filmer l'évènement.

Partie 1
http://www.dailymotion.com/video/x5rrxh_martyrs-non-a-la-censure-partie-1_shortfilms


Partie 2
http://www.dailymotion.com/gamer122/video/x5rs3j_martyrs-non-a-la-censure-partie-2_shortfilms


Et je remercie encore une fois Pascal Laugier qui nous prouve qu'en plus d'être un réalisateur prometteur, c'est un homme sincère et agréable, et merci à tous les autres intervenants.

Morjana Alaoui. Wild Bunch Distribution


Joey


 
Martyrs
Réalisé par Pascal Laugier
Avec Mylène Jampanoï, Morjana Alaoui, Catherine Bégin, ...
Année de production : 2008
A la une Interview de Julien Seri




1/ BAP : Julien pour ceux qui ne te connaitrai pas , pourrais tu résumer ton parcours :


Julien Seri : Courts métrages, clips, pubs, longs !!!!!! A 22 ans j'ai voulu me lancer dans le clip vidéo.... Mais personne ne voulait me faire confiance... Alors j'ai regardé qui était numéro 1 au top 50 et je l'ai appelé pour le convaincre de me laisser faire son prochain clip... Ca tombait bien c'était Laurent Voulzy... J'adore... Il m'a fait confiance et puis hop !!! J'ai pu dire mon premier moteur "professionnel".

Après, une séparation amoureuse m'a fait faire mon premier court "TRAUMA" qui m'a fait repérer par une grosse boite de prod pub TELEMA et hop... Après Luc Besson a vu mon travail, il m'a appelé et hop....



2/ Je parlais avec Pascal Laugier (réalisateur de Martyrs), dans une précédente interview, de la difficulté de créer des films de genre en france , quelle est ton avis sur ce sujet ?

Dur dur c'est vrai... Mais tant que nos films ne feront pas venir plus de gens en salles, ça ne s'améliorera pas ! D'un autre côté, si les exploitants refusent nos films ont ne pourra pas faire d'entrées donc pas faire avancer le débat.



3/ Tes films ont tous les deux été , injustement selon moi , laminé par la critique , est-ce dur à encaisser de lire des critiques négatives sur des films où l'on met une partie de soi ?

La critique est difficile a encaisser, mais il faut aussi savoir apprendre d'elle... Les critiques ne disent pas QUE des conneries... Et puis présenter un film c'est aussi accepter d'être juger pour son travail, ses qualités et ses défauts... Mais la vrai critique reste celle des spectateurs.

Clovis Cornillac et Francis Renaud. Bac Films

4/ Selon toi , quelle est la meilleure manière de percer dans l'industrie du cinéma français à l'heure actuelle ? ( mis à part se faire exploiter par Luc Besson biensur ... )

Pour percer il faut être meilleur que les autres... Être meilleur que soi-même de film en film... Il y a peu de places pour beaucoup de demandes.

Pour réussir dans le cinéma, il faut être humble, persévérant, courageux, passionné, fédérateur et avoir un peu de talent qu'il faudra remettre en question sans cesse pour que ce talent se dévoile de plus en plus... Les génies sont rare.



5/ Quels films t'ont donné envie de faire du cinéma ?Et quels sont tes grands souvenirs au cinéma ?

La Soif du Mal, Les Sentiers de la Gloire, Le Livre de la Jungle, Le Kid, Orange Mécanique, Blade Runner, Le Grand Bleu, Piège de Cristal et des milliers d'autres....



6/ Quelles sont tes influences en matière de réalisation ?

Beaucoup j'imagine... Surtout à mes débuts.. Mais maintenant j'évite les références et je puise au plus profond de moi.



7/ Que penses tu de la sous exploitation des films de genre en france ? ( seulement 55 salles pour la sortie de Eden Log , la sortie de Martyrs annulé ... )

Le cinéma est une industrie qui est gérer par des hommes d'argent qui ne veulent plus ou pas en perdre... Voila !!!
Eden Log s'est planté en France, mais son succès à l'international est énorme... Ces 3 dernières années, les films de genre qui ont eu la chance d'avoir un parc de salles plus sexy qu'Eden Log n'ont fait que 100 000 entrées au max (Frontière(s) par éxemple)... Les spectateurs français ne veulent pas de ces films là... Surtout si ces films sont français... [REC] vient de dépasser les 500 000 entrées... Donc c'est possible. Scorpion s'est planté en salle (240 000 entrées) mais à cartonné en vidéo et sur Canal +. C'est rassurant... Ca veut dire qu'il y a quand même un public... Mais aujourd'hui la place coute 10 euros et pour ce prix vous pouvez aller voir soit scorpion (3 millions d'euros de budget) et Hulk (120 millions de dollars de budget)... Dur dur de combattre... C'est donc difficile de faire exister notre petit cinéma face à cette compétition... Mais encore une fois, pas impossible.



8/ Vu la difficulté à monter des films autres que des comédies ou des drames en France , as-tu déjà pensé à aller travailler hors de l'hexagone ?

C'est un rêve d'enfant... Un jour qui sait...



9/ Scorpion était un film plutot très violent et hyper réaliste , as-tu eu des difficultés à monter un tel film en France ?

Ce fut difficile, mais pas impossible. Le duo prod/réal n'était pas très rassurant. Un producteur Marseillais de 30 ans ancien top model, et un réalisateur qui sortait d'un échec... Evidemment on ne nous à pas tendu la main... Mais avec l'aide de certaines personnes (les bonnes) ont à réussi à le faire... Pas dans le luxe, mais on l'a fait ! C'est le principal.



10/ Quels sont tes coups de coeur cinématographique en 2008 ?

Aucun pour le moment !!!!



11/ Enfin, quels sont tes futurs projets à venir ( j'espère bientot ) ?

Je viens de finir d'écrire "Un Homme Comme les Autres" avec Pascal Sid, je suis en pleine écriture d'une histoire d'amour "The Love Run" avec Philippe Lyon et Fabrice Celeste, et je travail avec Olivier Dazat comme scénariste, sur l'adaptation d'un roman "Mon Petit Mari" de Pascal Bruckner pour Jean-Pierre Ramsay-Levi. Bref, ça bosse !!!!

Jérôme Le Banner. Bac Films


Interview réalisé par Mr Blue Sky.
Merci à Julien Seri d'avoir pris le temps de répondre à nos questions.
 
Julien Seri
Né le à
Parution dans Le Pot de colle (TV), En vous remerciant, Facteur chance (TV)
A la une Interview de Pascal Laugier, réalsateur de Martyrs.

Martyrs avait créé le buzz au Festival de Cannes lors de sa présentation hors compétition, il s'est récemment vu subir une interdiction au moins de 18 ans par le Comité de classification, et sa sortie ciné, tout simplement repoussée, voire annulée.

Pour le blog BAP, Mr Blue Sky a pu avoir une interview de celui dont le film est au coeur de toutes les polémiques : Monsieur Pascal Laugier !




1/ BAP : Quatre ans qu'on n'avait plus entendu parler de vous depuis Saint-Ange, c'est vraiment long ... qu'avez vous fait pendant ce temps là ?

Pascal Laugier :

C'est gentil de dire que ça vous a paru long. Mais en fait, après une période de déprime suite à l'incompréhension qu'a suscité SAINT ANGE auprès d'une partie du public, je n'ai pas arrêté de travailler. J'ai écrit un scénario de long-métrage, THE TALL MAN, que je ne ferai sûrement pas dans l'immédiat car le thème de l'histoire ressemble trop à un film sorti récemment, mais c'est un beau projet que je garde patiemment dans les tiroirs. Et puis l'opportunité de faire un film d'horreur est arrivée via Manuel Alduy de Canal+, il fallait aller vite, j'ai donc écrit le film en quelques mois et les choses se sont enchaînées.

Lou Doillon et Virginie Ledoyen. ARP Sélection


2/ Des films tels que Martyrs ou Saint-Ange sont-ils durs à monter en France ?

 

C'est assez ambivalent. D'un côté, on peut se dire que c'est plus facile aujourd'hui car, il y a à peine quinze ans, il aurait été absolument impossible de monter des projets de films fantastiques. Les choses s'ouvrent un peu, c'est aussi un truc générationnel. Un certain nombre de gens qui ont grandi avec les films de John Carpenter et Dario Argento sont aujourd'hui en place dans les studios et autres organismes de financement, ils sont aussi devenus producteurs, ils sont plus ouverts et ont des goûts plus éclectiques que ceux de la génération précédente.

D'un autre côté, la France n'a toujours pas intégré l'idée "du genre", je veux dire, à échelle industrielle. Les films de genre qui se montent sont toujours des formes de miracle... C'est encore expérimental, au coup par coup... Et il y a encore beaucoup de décideurs puissants du cinéma français qui détestent ça et n'ont aucune envie que ça deviennent une réalité. Sans parler de l'influence chaque année plus lourde et plus concrète des chaines de télévision sur le fait de produire tel film et pas tel autre. En clair, on produit des dizaines et des dizaines de comédies dont beaucoup ne fonctionnent pas, et ça ne met pas le genre de la comédie en cause. En France, on produit du bout des doigts deux films d'épouvante, ils se plantent, et on dit : « Voyez, le public ne veut pas de ça ! » C'est une immense escroquerie intellectuelle, à mon avis !

 



3/ Dans vos deux films, les héroïnes sont des femmes, est-ce un hasard ou y'a t'il une thématique particulière derrière ce choix ?

Je ne suis pas conscient de ma thématique, s'il y en a une, Dieu merci ! Non, plus simplement, quand j'attaque l'écriture d'un film, je me sens chargé d'un certain nombre de choses en moi, qui sont là pour des raisons qui me sont inconnues, et je déroule l'histoire en fonction de mes urgences personnelles... Je veux dire qu'il me faut un certain temps pour me rendre compte que ça va encore parler de jeunes femmes névrosées, de folie, d'univers sombre, etc. Et puis parler des femmes, c'est aussi un moyen de passer du temps avec elles sur un plateau, et c'est quand même plutôt chouette la compagnie des jolies filles... Et puis, je l'ai dit souvent, mais je ne me suis jamais remis d'une image que je qualifierais de "primitive" pour moi : Mia Farrow, époque cheveux courts, dans Rosemary's Baby ou Le Cercle Infernal... C'est l'héroïne fantastique absolue pour moi... Et les femmes de Dario Argento... Encore et toujours Dario Argento... Le cinéma italien... Le seul, pour moi, qui ait jamais vraiment compté, si vous voulez la vérité...

Morjana Alaoui. Wild Bunch Distribution



4/ Comment Martyrs a été accueilli à Cannes ? Le film sera t'il diffusé à travers le monde ?


Il y a eu deux projections du film au marché, puisque le film a été refusé par toutes les sélections. Je sais que Thierry Frémeaux [NDLR : Délégué Général du Festival de Cannes] le voulait pour "Un certain Regard", mais il était plutôt isolé dans son propre comité et n'a pu l'imposer. Les projections du marché ont été décidées par mon distributeur au dernier moment, je n'étais même pas à Cannes... La première n'a pas été annoncée, il n'y avait qu'une petite cinquantaine de personnes... Qui ont suffisamment fait buzzer ce qu'il avait vu pour que la deuxième, à ce qu'on m'a dit, était remplie. Je crois que le film a fait beaucoup de bruit là bas. Didier Allouch [NDLR : Journaliste pour Canal + et Mad Movies] m'a appelé pour me dire que c'était le film dont on parlait le plus sur la Croisette... J'ai reçu pas mal de témoignages de gens qui ont été bouleversés par le film, ça m'a fait chaud au cœur. D'autres ont quitté la projection avant la fin en hurlant au scandale, me traitant de fasciste, de misogyne, que sais-je encore... La plupart sortaient hagards, sur les rotules, ne comprenant pas très bien ce à quoi ils venaient d'assister... Ils mettaient du temps à pouvoir en parler... C'est normal, le film est très particulier, même pour ceux qui connaissent le genre par cœur... Les ventes internationales sont excellentes... Nous en sommes à presque quarante pays, ce qui est très rare pour un film en langue française. Les frères Weinstein l'ont acheté pour les USA, mais je sais que Bob Weinstein a essayé de le regarder dans l'avion du retour de Cannes et a arrêté au bout de trente minutes en disant que c'était trop violent pour lui ! Cet homme qui a commencé sa carrière en écrivant et produisant Carnage (The Burning) un slasher ultra-gore et bien malsain ! C'est assez marrant quand même...



5/ Etiez vous fan de films de genres durant votre jeunesse et quelles sont vos références ?

 

Le cinéma fantastique, au sens large, est celui qui a vraiment cristallisé ma passion pour les films. La découverte de Profondo Rosso, sur la vieille cassette VIP au montage raccourci, c'est un choc dont je ne me suis jamais remis. C'était tellement nouveau, tellement inspiré, tellement excitant... Il y a eu bien d'autres chocs, à une époque adolescente où vous êtes une éponge et où vous bouffez de tout. C'est plus tard que vous commencez à structurer votre rapport au cinéma, à comprendre ce que vous aimez le plus, ce que vous n'aimez pas, à essayer de le penser, de le formuler, à faire des recoupements...

Et puis John Carpenter, ça vous amène à Howard Hawks et vous élargissez vos perspectives, vous découvrez le cinéma classique.

James Whale, que vous découvrez au départ pour les Frankenstein, ça vous amène à Fritz Lang, Val Lewton, puis arrive Hitchcock... Dario Argento, ça vous amène à Werner Herzog, puis à Peter Weir et ainsi de suite... Comme toutes les cinéphagies, ça commence dans un grand bordel, et puis vous reconstituez les pièces du puzzle... Aujourd'hui, j'ai beau aimer des milliers de films représentant des cinémas totalement différents, voire antagonistes, passer moins de temps sur les séries B d'horreur et plus sur ce qui me reste à découvrir, mon amour filial pour le cinéma fantastique de mon enfance est absolument intact.



6/ Comme de nombreux réalisateurs français avez vous été courtisé par des producteurs américains ?

 

Après SAINT ANGE, j'ai effectivement été contacté par une grosse agence américaine. Et, comme tout le monde, je n'ai reçu que des scénarios minables. Le genre de truc qui circulaient à Hollywood depuis des mois, voire des années, et qu'aucun cinéaste américain ne voulait faire.

Les américains n'ont pas besoin des français pour faire de bons films. Nous, on va là-bas pour faire leurs poubelles. Faire le travail ingrat, des films pour lesquels ils nourrissent eux-même le plus profond mépris, mais qu'ils sortent parce-qu'il y a un marché, parce-que ça ramène du cash. Depuis la projection de MARTYRS, ça recommence. On m'appelle, on me demande de venir à Los Angeles (à mes frais, bien entendu !) et devant mon refus désillusionné, on m'envoie des scripts médiocres. Je ne désespère pas trouver le bon petit projet, où bien d'y amener un projet à moi, mais c'est loin d'être fait.



7/ Suite à la "polémique" entourant Martyrs avez vous été surpris du soutiens des journalistes,
des réalisateurs ainsi que des nombreux cinéphiles ?

 

Je suis de nature très pessimiste, un rien paranoïaque, donc oui, cette mobilisation aussi inattendue que spontanée m'a beaucoup touché.

Ca prend des proportions qui me dépassent largement, j'ai même entendu dire que certains étaient en train d'organiser une manif devant le ministère de la culture ! En tout cas, c'est la preuve qu'en France, un certain nombre de gens détestent qu'on leur dicte ce qu'ils doivent ou ne doivent pas voir. Ils en font une affaire de principe, car la plupart n'ont pas encore vu le film, et je crois qu'ils ont raison, car à terme, ça signifie qu'un cinéma hors des sentiers battus aura de plus en plus de mal à se faire. Et l'idée d'un cinéma tout entier soumis aux règles du prime time, un cinéma qui fasse là où on lui dit de faire, au prétexte du réalisme économique et de l'asservissement à la pensée dominante, au goût majoritaire, c'est quand même atroce ! L'obsession du "plus petit dénominateur commun", c'est le truc de la télévision, pas du cinéma. La salle, j'en ai l'intime conviction, doit être encore un espace de liberté et d'expérimentation, un endroit d'où vous pouvez ressortir secoué, interrogé, traversé d'émotions intenses et contradictoires, voire déplaisantes. Soit l'exact contraire de la télé qui ne fait que prêcher un catéchisme, de l'histoire bien édifiante, écrite pour des enfants, d'où est dégagée toute réalité "d'expérience humaine" dans ce qu'elle a de complexe et d'indicible. C'est pour ça que la télé ne supporte pas les longueurs, les silences. Enfin, Serge Daney l'a dit et écrit, je renvoie à ses entretiens filmés (sortis en DVD) qui sont absolument extraordinaires. En tout cas, je crains que le cas MARTYRS emmerde sérieusement les futurs projets d'horreur, que ça soit un handicap de plus pour les prochains cinéastes de genre, et ça, ça me préoccupe beaucoup, car ce n'était vraiment pas mon intention. En même temps, il était grand temps de l'ouvrir, car ça faisait un moment que c'était dans l'air. On sentait la crispation, le retour à une époque terriblement régressive. Ca touche d'autres arts que le cinéma, évidemment. C'est sûr qu'on a connu période plus détendue... Les quelques agacés des forums qui critiquent le fait qu'on l'ouvre, vraiment, je ne les comprends pas. Et redisons-le : un film interdit au moins de 18 ans n'a à peu près aucune chance de sortir normalement. La commission de classification le sait pertinemment, elle le fait à dessein. Donc, le moins de 18 ans n'est pas une classification mais une sanction. C'est une censure qui ne dit pas son nom. Il y a donc de l'idéologie derrière ça : L'idée qu'un film doit être enterré. Est-ce que ça me surprend ? Est-ce que je joue les pleureuses ? Absolument pas. Mais c'est pas pour ça que je ne dois pas informer de ce qui se passe, faut pas déconner. Si ça ne choque pas les fans de films d'horreur, c'est qu'ils ont perdu tout espoir et qu'ils se sont résignés à voir ce qu'ils aiment, chez eux, sur leur home cinéma. Pas moi. Rappelons qu'en France, il n'y a pas de marché du direct to dvd. Le marché est trop petit pour ça. C'est toujours un accident industriel qu'un film français ne passe pas par les salles, ce n'est pas viable économiquement, même si on vend 50 000 disques. Ca veut donc dire, à très court terme, que les producteurs cesseront totalement de produire ce genre de films. Tout le reste, c'est du bavardage de gens qui ne savent pas très bien de quoi ils parlent. Après, ceux qui n'en ont rien à foutre que la France essaye de produire du cinéma différent, au prétexte que les films sont nuls, que les espagnols sont meilleurs, etc., je les invite à continuer à rester derrière leurs claviers, planqués sous leurs pseudonymes.



8/ Quels sont vos futurs projets ?

J'ai recommencé à travailler. C'est beaucoup trop tôt, évidemment, pour en dire quoi que ce soit. 

9/ Dernière question ; vous pourriez nous faire profiter d'une séance privée de Martyrs ?

Je crois que mon producteur est en train d'organiser une avant-première, à Paris, au mois de juin. La date ne va tarder à être communiquée. C'est assez symbolique, en fait. Juin est le mois où le film devait sortir.



Merci de votre gentillesse et d'avoir répondu longuement à nos questions.
Interview réalisé par Mr Blue Sky (C.H.)


Wild Bunch Distribution

 L'histoire de Martyrs : Milieu des années 70, quelque part en France, une petite fille, Lucie, est retrouvée dans un état physique catastrophique. Elle avait disparu quatorze mois plus tôt. L'endroit de sa séquestration s'avère être une chambre froide d'un abattoir désaffecté. Aucune trace d'abus sexuel. Les raisons de son enlèvement restent mystérieuses. Quinze ans plus tard, Lucie n'a qu'une idée en tête: retrouver ses bourreaux et comprendre les raisons de son calvaire. Aidée par Anna, une amie inséparable rencontrée à l'hôpital pour enfants où elles étaient placées depuis, Lucie, qui n'a plus toute sa tête, croit avoir retrouvé ses ravisseurs et décide de se venger.

 
Martyrs
Réalisé par Pascal Laugier
Avec Mylène Jampanoï, Morjana Alaoui, Catherine Bégin, ...
Année de production : 2008
La cave de Flo Vega : Batman & Robin

C'est l'été, rah, les vacances, la mer, le sable... Bébé qui pleure parce qu'il a trop chaud, Mamie qui meurt parce qu'elle a trop soif. Sauf que toi qui me lit en ce moment, tu n'es pas comme tout ces cons qui s'empilent sur des matelas brûlants. Toi, tu es comme moi (ne vois pas ça comme une insulte), la plage ça t'emmerde. La seule petite attraction serait que le parasol s'envole et finisse planté dans la tête d'une pouf blonde qui faisait du topless. En digne héritier de Benjamin Castaldi, je fais donc une superbe et très maîtisée transition au film de ma cave, je parle de ce chef d'oeuvre incontesté de portnawak même pas assumé, BATMAN & ROBIN.

Et oui, comme en ce moment le net pète un câble, que les américains font des queues de 2h devant leur cinoche, que les geeks français sont devant leur écran d'ordi en hésitant à faire double clique sur "The-Dark-Knight.Xvid - VOST" dans leur petite liste de EMule et que les plus cinglés volent le rouge à lèvre de leur mère et s'entraîne a avoir le rire de Chucky, il me parait important de revenir aux fondamentaux.

Avec le casting le plus incroyable de l'histoire du cinéma (Imaginez, Schwarzenegger vs Clooney) et un réalisateur qui a fait ses preuves aux manettes (Génération perdue quand même), la Warner est bien décidée à faire le même succès qu'avec Batman Forever, mais souhaite aussi vendre plein de joujous aux petits chiards décérébrés tout content de voir Batman. Et c'est alors que naquit le film le plus énorme de l'Histoire du cinéma, un nanar qui fait dépassé juste 10 ans après sa sortie, et qui se voit maintenant comme une grosse comédie complétement conne. Si pour toi Dumb & Dumber à la puissance émotionnelle de Philadelphia, alors Batman & Robin est pour toi une étude de la psychologie torturée de Bruce Wayne.

D'ailleurs, Bruce Wayne n'est pas vraiment le héros du film. Oh, il regarde quelque fois en bas à droite pour montrer son mal-être, il a quelques répliques gratinées (son entrée, avec un superbe "Salut Freeze, c'est Batman !" ou encore face aux méchants joueurs de hockeys, "rah, ils nous cherche des crosses") mais est totallement anéhanti par le superbe, l'unique, le grand, le californien, Arnold Schwarzenegger. Car oui, c'est bel et bien lui le héros du film. Arnold nous livre une interprétation incroyable d'homme amoureux d'une fille dans un congélateur, puisque quand il la regarde, il pleure. Et Arnold qui pleure dans un film, ça veut dire que ce film sera amusant. D'autant plus amusant lorsqu'il porte des pantoufles avec nounours blanc. Mais le meilleur reste les répliques de ce grand méchant DC Comics; au chiotte Shane Black ou Quentin Tarantino, Akiva Goldsman (qui depuis nous a offert les scripts du DaVinci Code ou Je suis une légende... bref quelqu'un qui sait adapter) se lâche complétement dans les répliques de Freeze et sort son petit dictionnaire des expressions ayant un rapport avec le froid : "Je t'ai glacé", "Je crois que j'ai jeté un froid", "Je perds mon sang froid", "Prévision météo... ça va geler", "la vengeance...est censée etre un plat qui se mange froid",  "Laissez moi briser la glace", "Permets moi de rester de glace et de refroidir tes ardeurs"...

Et je passe outre les décors (très disco-dance), les costumes (avec tétons qui pointent... bah oui, il fait froid), les scènes d'actions (Batman et Robin faisant du surf sur un squelette de dinosaure), les scènes de pas action (Batman transperce un mur et dans le mur ça fait le logo Batman), les hommages (aux Tortues Ninja par exemple)...

Bref, si tu trouves que Heath Ledger n'est pas charismatique, que Nolan n'a rien compris à l'univers Batman ou que Bale est un bien mauvais Batman, rematte toi illico l'oeuvre la plus gonzo du monde. Je te promets que tu va rire pendant 2 bonnes heures.


 
Première page | <<< | 1 | 2 | 3 | 4 | 5 | 6 | 7 | 8 | 9 | 10 | 11 | >>> | Dernière page